L’opposition ivoirienne propose de refonder la Commission électorale indépendante (CEI)
Plusieurs partis d’opposition ivoiriens demandent la création d’un organe électoral composé d’experts indépendants, sans représentants du pouvoir ni des formations politiques. Cette proposition intervient un an après la présidentielle d’octobre 2025 dont le processus avait été contesté par une partie de l’opposition.
La réforme du système électoral revient
au cœur de la vie politique ivoirienne. Réunis lundi avec le ministre de
l’Intérieur, plusieurs partis d’opposition ont proposé la création d’un nouvel
organe chargé d’organiser les élections, qui serait, selon eux, « véritablement
indépendant, neutre et impartial ». Leur proposition intervient après la
dissolution, en mai 2026, de la Commission électorale indépendante (CEI),
institution régulièrement accusée par ses détracteurs de manquer d’autonomie à
l’égard du pouvoir.
Pascal Affi N’Guessan, président du
Front populaire ivoirien (FPI), a défendu lundi un modèle dans lequel l’organe
électoral ne comprendrait « ni représentants des partis politiques, du
gouvernement ou des pouvoirs publics ». Il souhaite que ses membres soient
recrutés parmi des spécialistes des questions électorales selon des critères
rigoureux. Les opposants demandent également la création d’un organe
d’observation distinct chargé de suivre le processus électoral. Charles Blé
Goudé, président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des
peuples (Cojep), a, lui, souligné la volonté commune affichée avec le
gouvernement d’éviter de nouveaux conflits électoraux.
La présence, autour de la table, de
représentants de plusieurs courants qui entretiennent des relations difficiles
ces dernières années était notable. Ahoua Don Mello et des représentants de
Simone Ehivet Gbagbo participaient notamment à la rencontre. Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), autre grande
formation d’opposition, n’était en revanche pas présent, ayant présenté
séparément ses propres propositions de réforme quelques jours auparavant.
Une institution au cœur de la
controverse électorale
La dissolution de la CEI, annoncée le 6
mai par le gouvernement, constitue l’aboutissement provisoire d’une
contestation ancienne. Créée en 2001, la commission avait pour mission
d’organiser et de superviser les scrutins nationaux et les référendums. Le
gouvernement a justifié sa disparition par les « réserves » et les
critiques accumulées à son encontre et annoncé la recherche d’un nouveau
mécanisme destiné à restaurer la confiance dans les élections.
La question de son indépendance avait
pris une importance particulière à l’approche de la présidentielle du 25
octobre 2025. Les principaux partis d’opposition avaient quitté la Commission
centrale, contestant sa composition et ce qu’ils estimaient être son manque
d’indépendance. Le PDCI, le PPA-CI de Laurent Gbagbo et le FPI avaient ainsi
claqué la porte de l’institution en avril 2025. La CEI avait rejeté les
critiques mettant en cause la crédibilité du processus. En avril 2025, l’un de
ses responsables estimait notamment que le retrait du PPA-CI et du PDCI ne
remettait pas en cause la crédibilité de l’organisation du scrutin.
Cette défiance ne portait toutefois pas
uniquement sur la composition de la commission. L’opposition contestait
également la gestion de la liste électorale et, plus largement, les conditions
politiques et judiciaires dans lesquelles devait se dérouler la présidentielle.
Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam, Charles Blé Goudé et Guillaume Soro avaient été
écartés de la liste électorale avant le scrutin. Le Conseil constitutionnel
avait finalement retenu cinq candidatures, dont celle du président sortant,
Alassane Ouattara.
Le 25 octobre, M. Ouattara a été réélu
dès le premier tour avec 89,77 % des suffrages exprimés, selon les résultats
finalement validés par le Conseil constitutionnel. Le taux de participation s’est
établi à 50,10 %. Jean-Louis Billon est arrivé deuxième avec 3,09 %, devant
Simone Gbagbo, Ahoua Don Mello et Henriette Lagou.
La dissolution de la CEI ouvre désormais
la voie à un nouveau dispositif censé garantir des élections « apaisées
» et restaurer la confiance des acteurs politiques et des électeurs. Le
calendrier donne à cette réforme une importance particulière : les prochaines
élections locales sont prévues en 2028 et la prochaine présidentielle en 2030.
La question sera donc moins de savoir si la CEI devait être réformée que de
déterminer qui contrôlera le futur arbitre électoral, selon quelles règles, et
avec quelles garanties d’indépendance.